Petit aperçu des pratiques apicoles rencontrées en afrique

"L'APICULTURE AFRICAINE est millénaire. A l’origine, il s’agissait de cueillette de miel, les abeilles nichant dans la cavité d’un tronc d’arbre. L’apiculteur a reproduit cet habitat naturel en fabriquant des ruches en terre cuite, recouvertes de paille." (Extrait du Mayazine n°2 : Premier pas en terre africaine)  

Miel Maya souhaite vous faire découvrir les principales pratiques apicoles rencontrées lors de ses missions en Afrique. Nous les avons classées comme suite :

  1. La cueillette sauvage du miel
  2. L’apiculture traditionnelle empirique
  3. L’apiculture traditionnelle améliorée
  4. L’apiculture dite « semi-moderne »
  5. L’apiculture dite « moderne »

La différence relève surtout du type de ruche utilisé ainsi que des pratiques apicoles et culturelles.

1. La cueillette sauvage du miel :

Les colonies d'abeilles sauvages nichent principalement dans des cavités naturelles des troncs d’arbres ou dans le sol mais aussi dans toutes cavités artificielles disponibles comme sous un toit, dans un mur, etc. Pour récolter le miel dans un arbre, le paysan va abattre l’arbre si la cavité n’est pas à hauteur d’homme ou facilement accessible. Dépourvu d’équipement de protection et muni d’une torche, il va brûler les abeilles ou étouffer la colonie en envoyant de la fumée à l’intérieur de la cavité. Une fois les abeilles mortes, il ouvrira la cavité et emportera les rayons de miel, de pollen et de couvain pour les presser ou les manger directement comme cela. Le miel n’est généralement pas extrait dans de bonnes conditions d’hygiène, possède beaucoup d’impuretés et est caractérisé par un goût de fumée très prononcé. Ce n'est pas de l'apiculture mais bien ce que l'on appelle une activité de cueillette et de chasseurs de miel. Ces pratiques sont nuisibles pour les abeilles ainsi que pour l'environnement. Elles sont encore très fréquentes dans les forêts tropicales, où le miel est considéré comme un Produit Forestier Non Ligneux, ainsi que dans d'autres espaces naturels où l'apiculture est quasi-inexistante et où il n'y a pas eu de formation.

2. L’apiculture traditionnelle "empirique"

L’apiculteur cherche à reproduire l’habitat naturel des abeilles en fabriquant des ruches avec des matériaux naturels disponibles localement. Les ruches rencontrées sont longiformes en bois, en paille, en bambou parfois recouverte d'un mélange de terre et de bouse. Ces ruches ne possèdent qu’une seule ouverture et ne permettent pas une récolte dans le respect et la pérennité de la colonie d’abeille. En effet, les pratiques de récolte diffèrent très peu de celles de la cueillette sauvage, car elles aboutissent souvent à la destruction de la colonie par le feu. Dans certains cas l’apiculteur ne tue pas la colonie mais cette agression par le feu accompagnée de la découpe de la totalité des rayons (miel, couvain) oblige la colonie à fuir la ruche, trouver un nouvel habitat et tout recommencer à zéro. Ce sont également ce que l’on appelle des ruches à rayons fixes (fixés sur les parois internes de la ruche). Ces ruches ne permettent pas un suivi de l’évolution de la colonie, ni des manipulations internes.

Cette apiculture traditionnelle est très pratiquée par exemple dans l’Adamaoua, région très réputée au Cameroun pour sa production de miel et de cire. Le miel extrait de ces ruches possède lui aussi souvent un goût de fumée. Les personnes consommant ce miel depuis leur plus tendre enfance  ne font pas la différence entre le gout de fumée et le goût du miel. Ce miel est communément appelé le « vrai miel », « miel pur » ou encore « miel naturel ». La fumée dénature pourtant le goût du miel et est un élément toxique pour la santé. Changer ces habitudes n'est pas simple et relève d’un vrai travail de sensibilisation et d’éducation du consommateur.

3. L’apiculture traditionnelle "améliorée"

Ce que nous entendons par ruches traditionnelles améliorées, sont des ruches longiformes à 2 ouvertures/portes (voir schéma ci-dessous) :

Schéma d'une ruche longiforme à 2 ouvertures (Mathilde Sanglier, 2010)
  • un côté pour l’entrée des abeilles (bees' entrance) qui n’est jamais ouvert par l’apiculteur ;
  • un côté avec une porte ouvrable (harvest side) qui permet de récolter le miel arrivé à maturité (ripe honey) sans déranger la colonie (le couvain : brood nest).

Les apiculteurs utilisent également des matériaux disponibles localement pour les fabriquer. C’est le système traditionnel que l'on retrouve dans l’Ouest du Cameroun (ruches utilisées pour produire le miel blanc d'Oku), mais aussi au Rwanda, au Burundi, dans certaines régions de la RDC, de la Tanzanie,... Les apiculteurs utilisant ce type de ruches possèdent par exemple de meilleures connaissances sur le cycle des abeilles que ceux utilisant les ruches à une seule ouverture.

Ces ruches sont également des ruches à rayons fixes qui ne permettent pas des manipulations internes. Par contre il est tout de même possible, si l’apiculteur le souhaite, de suivre l’évolution de la colonie par la porte de derrière (observation de l’évolution de la construction des rayons et de la présence de parasites,…).

L’apiculture dite « semi-moderne » et « moderne »

Pratiquer l’apiculture « semi-moderne » à « moderne » permet d’avoir une totale maîtrise de son activité et d’optimiser la production. Les ruches comportent un couvercle sur la partie supérieure qui permet l’ouverture des ruches par le haut. A l’intérieur, les abeilles construisent leurs rayons soit sur des barrettes (ruches semi-modernes), soit sur des cadres (ruches modernes). Ces ruches, à rayons mobiles, sont conçues pour que chaque rayon puisse être enlevé, examiné et replacé séparément, contrairement aux ruches traditionnelles.

"Se convertir à l’apiculture moderne ne consiste pas seulement à changer l’habitat des abeilles et à adopter de nouvelles techniques, mais à opérer un changement mental et culturel important dans la relation entre l’apiculteur et son activité."

4. L’apiculture dite « semi-moderne »

 

Les pratiques dites « semi-modernes », utilisent des ruches à barrettes horizontales.  On rencontre la ruche Kényane, Kényane Top Bar Hives (KTBH),  qui est une ruche trapézoïdale, ainsi que la ruche tanzanienne, rectangulaire. Elles sont utilisées dans de nombreux pays d’Afrique et sont généralement fabriquées en bois mais il est possible de les fabriquer avec d’autres matériaux locaux comme des bambous. Dans la région du Kongo central en République Démocratique du Congo, où siège le projet SYNAPIC, la PLAAC a créé son propre modèle de ruche inspirée de la Tanzanienne, qu'ils ont appelée "La Grande". Elle possède effectivement un très grand volume, ce qui oblige les apiculteurs à travailler avec des partitions pour diminuer le volume de la ruche si le besoin s'en fait ressentir :) ! Voir la page "Miel Maya au Congo".

Ces ruches à barrettes permettent les mêmes manipulations que dans les ruches dites « modernes » et restent assez simples à vulgariser, car le développement de la colonie se fait de la même façon que dans une ruche traditionnelle (sur la longueur). Les techniques d’extraction sont semblables aux ruches traditionnelles (égouttage ou pressage) et ne demandent pas nécessairement des investissements élevés. Les apiculteurs peuvent donc apprendre à extraire chez eux dans de bonnes conditions d’hygiène. Les ruches à barrettes permettent aussi une grande production de cire (tout comme les traditionnelles). Ce modèle de ruche serait selon de nombreux spécialistes le mieux adapté en Afrique.

5. L’apiculture dite « moderne »

Les pratiques dites « modernes », utilisent des ruches à cadres et à hausses (greniers à miel = agrandissement vertical de la ruche/colonie, par le haut). Ce sont des modèles occidentaux importés en Afrique dont le plus retrouvé est le modèle Langstroth, pour les connaisseurs! On la retrouve dans quasi la totalité des pays en Afrique. Pour notre part, nous l'avons particulièrement observée au Rwanda, en Uganda, dans l'Est du Cameroun et l'Est de la RDC, ainsi que dans les pays du Magreb.

Grandes différences avec la précédente :

  • Ruche plus coûteuse et compliquée à fabriquer et à suivre.
  • Technique d’extraction par centrifugation : cela demande du matériel coûteux, non disponible sur place. Les extracteurs doivent être importés. L’investissement étant plus élevé, il peut se faire au niveau des coopératives mais pas au niveau individuel et ne permet donc pas aux apiculteurs d’extraire à la maison.
  • Les rayons de cire ne sont pas détruits lors de l’extraction. ce qui diminue le travail de reconstruction des abeilles (avantage), mais la production de cire est alors beaucoup plus faible avec ce type de ruche (inconvénient).La ruche moderne permet un gain de temps (pour l'apiculteur) et d'énergie (pour les abeilles) car les cires ne doivent pas être sans cesse renouvelées. Certes. Mais c'est aussi plus risqué au niveau de la propagation des maladies... d'une ruche à une autre par l'échange de cadres, ou tout simplement par la réutilisation de cadres contaminés... La production de cire est également moins élevée qu'avec les ruches à barrettes.

combinaison des deux modèles ? Pourquoi pas !

Lors d'une mission au Cameroun, Miel Maya Honing a rencontré des experts apicoles à Yaoundé qui proposent un modèle assez intéressant. Le modèle Fonge qui est un intermédiaire entre la Kenyane et la Langstroth. C’est une ruche qui possède un corps trapézoïdal à barrettes (comme la Kenyane mais plus court) que l'on utilise avec des hausses (grenier à miel) possédant les dimensions de la Dadant, avec soit des cadres, soit des barrettes. Ce modèle permettrait toutes les manipulations possibles dans la Dadant (ou Langstroth) sans demander du matériel d’extraction moderne et coûteux si l'apiculteur choisit les hausses à barrettes et non à cadres. Des échanges autour de ce modèle de ruche ont eu lieu sur le forum apicole francophone de la plateforme TECA (FAO), discussion modérée par MMH en collaboration avec des apiculteurs de la Plateforme Nationale Camerounaise.